Les séries de demain au FIPA 2018

Au terme de sa 31ème édition, on ne présente plus le FIPA de Biarritz. Ce festival de la création audiovisuelle internationale présente la crème des programmes du petit écran. Des documentaires, des fictions et des séries y sont projetés parfois en exclusivité mondiale. Dans cette dernière catégorie, voici les quatre séries (sur les onze présentées) dont on trépigne de voir la suite sur les canaux de diffusion français.

 

Zarah – Les années fauves

Hambourg, 1973, une écrivaine féministe est embauchée par le magazine le plus populaire du pays. Un fort tempérament qui intègre une rédaction aux pratiques parfois rétrogrades et souvent misogynes. Au travers de l’ascension de cette femme engagée dans un univers masculin, on revit une période à la croisée des chemins dans ce qu’on appelait jadis la RFA. « L’avortement était illégal, on risquait la prison pour cela. Une femme ne pouvait pas travailler sans demander l’accord de son mari, de même elle ne pouvait pas procéder à un achat supérieur à la somme de 200 marks », contextualise Richard Huber, le réalisateur de la série, présent dans la salle lors de la projection.

Déjà diffusée en Allemagne, les six épisodes de la première saison n’ont pas vraiment trouvé leur public malgré un excellent accueil critique. Pourtant les ingrédients ont tout pour plaire. L’esthétique est soignée avec décors et costumes particulièrement réussis. La narration est rythmée et fort bien documentée. Jan Kromschroder, le producteur de la série explique sur ce point que les deux scénaristes étaient journalistes pour un quotidien de Hambourg à la même époque. « C’est de la fiction mais ce n’est pas de la fiction car c’est basé sur la réalité » ajoute-t-il. Saupoudrez tout cela d’une bande sonore mêlant soul music, disco et rock n’roll et vous obtenez un résultat étonnamment actuel. Quatre décennies plus tard, le combat continue…

 

Mary & Mike

Même temps mais autre latitude avec cette série chilienne. On suit ici le quotidien d’un couple d’agents secrets œuvrant pour le régime du général Pinochet. Comme dans l’œuvre précédente, des images d’archives sont intégrées dans la narration. Mais ici le grain vintage est volontairement insufflé, conférant à l’histoire une couleur et une chaleur plongeant immédiatement le spectateur dans le Santiago de 1974.  Ce couple à la solde de la dictature présente un profil atypique. Mike est citoyen des Etats Unis, et Mary est une écrivaine autrefois communiste et ex-membre d’une communauté Kibboutz en Israël. Aussi incroyable que cela puisse paraître, « ce couple a vraiment existé » nous apprend Julio Jorquera, le réalisateur. Auteur d’attentats politiques retentissants, Mariana Callejas et Michael Townley, sont de funeste mémoire au Chili.

Pas encore diffusé dans son pays d’origine, la série programmée sur Chilevision, est montrée pour la première fois au public à Biarritz. A l’instar de la production américaine Dexter, on se prend de sympathie pour ces deux personnages qui commettent les actes les plus atroces. Assassinats, tortures… « ils n’ont pas conscience de qu’ils font » explique Julio Torquera. Malgré cela, on suit ce duo de salopards en espérant qu’ils ne se fassent pas attraper. En me voyant à l’écran, « je me suis détesté » avoue Andres Rillon alias Mike au visage angélique dans le civil.  Et voilà bien un couple que l’on va adorer détester.

 

Safe Harbour

Autre série projetée en avant-première mondiale, celle-ci nous vient d’Australie et traite d’un sujet d’actualité. Lors de vacances à bord d’un voilier, un groupe d’amis de Brisbane croise une embarcation de clandestins en perdition au large de l’Indonésie. Une rencontre qui marquera leurs existences, sur le moment et à long terme. Durant le premier épisode, la narration se veut lente pour planter le décor et entrer dans la psychologie des personnages. Le rythme s’accélère ensuite avec une manipulation du public sans cesse baladé entre diverses hypothèses et points de tensions.

« Il est important de ne pas être politique sur ce sujet mais de rester sur l’aspect humain » explique Stephen Corvini, producteur de la série. Car là se situe le point fort de Safe Harbour. Il ne s’agit pas d’une œuvre engagée ou politique. Plutôt d’une métaphore, à taille humaine, d’une situation dramatique vécue à l’échelle planétaire. Les valeurs et interrogations qu’elles portent vont bien au-delà de la sphère étatique et/ou politique…  car ces valeurs universelles n’ont pas de frontières.

 

SOB PRESSAO

A la différence des précédentes, la première saison de cette série a déjà été diffusée au Brésil. Chaque mardi, pas moins de 35 millions de téléspectateurs suivent sur la chaine Globo, le quotidien d’Evandro, chirurgien dans un hôpital public.

Lucas Paraizo (l’un des scénaristes) présent à Biarritz nous éclaire sur la genèse du projet. « Cela faisait que longtemps que Globo, le plus gros diffuseur d’Amérique latine, cherchait à faire une série sur le milieu hospitalier » raconte-t-il. Après avoir visionné les séries étrangères sur le sujet (américaines, britanniques, françaises…), une enquête approfondie a été réalisée dans les hôpitaux publics brésiliens. Ainsi est ressorti l’angle qui souhaité pour se différencier : le milieu est médical mais le regard sera social.

A travers le quotidien de cet hôpital délabré et démuni jaillissent toutes les failles de la société brésilienne. Pauvreté, isolement, corruption, drogue… Tout est traité sans misérabilisme et parfois même avec humour. La médecine est sans cesse adaptée, bricolée, toujours dans l’urgence imposée par le minimalisme des moyens alloués. Dans ce théâtre d’improvisation, la foi est souvent au centre des débats. Il est question de vie et de mort, de religion et de science, de croyance et de scepticisme

Dans ce monde imparfait, les personnages principaux ont aussi leurs défauts. « On ne voulait pas d’un héros idéal que l’on verrait manger au restaurant, sortir en famille… lui aussi a ses propres failles » nous dit le scénariste. Malgré ces fissures internes, l’homme met en application le serment d’Hippocrate avec ferveur. En courant dans les couloirs et les escaliers, toujours sous pression.

 

Le visionnage des deux premiers épisodes de ces séries lors du FIPA a mis l’eau à la bouche. Il va malheureusement falloir s’armer de patience pour retrouver ces personnages en France. Mais si l’attente peut s’avérer longue, le plaisir n’en sera que meilleur.

P.S: Entre l’écriture de cet article et sa publication, le palmarès du FIPA 2018 est tombé. Dans la catégorie série, Sob Pressao a presque tout remporté. 3 FIPA d’or sur quatre lui ont été décernés: prix du meilleur scénario, de la meilleure interprétation masculine et de la meilleure interprétation féminine.  

 

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