Exposition : The Color Line au Musée du Quai Branly

Parce que le sud monte parfois à la capitale, j’ai décidé de vous parler d’une visite effectuée lors de mon dernier week-end à Paris. Jusqu’au 15 janvier 2017 au Musée du Quai Branly, l’exposition The Color Line retrace l’histoire des africains américains à travers les regards et productions d’artistes et d’intellectuels. Suivez-moi je pousse la porte…

Photos : Yannick Revel

Photos : Yannick Revel

 

Lorsque l’idée m’a été suggérée, je n’ai pas réfléchi longtemps. Sujet d’actualité s’il en est, parmi mes centres d’intérêts et au cœur de mes convictions les plus profondes ; pas de doute, cette exposition est pour moi.

Le parcours est chronologique et démarre à la fin de 19ème siècle avec les calamiteuses représentations de comédiens blancs maquillés pour caricaturer de façon peu avantageuse des êtres alors appelés « coons » (ratons). C’est à cette période que la ségrégation débute avec les lois Jim Crow promulguées en 1877. Il faudra attendre 1964 pour cette ligne légale soit gommée, beaucoup plus longtemps pour qu’elles disparaissent des mentalités.

Henry Ossawa Tanner "Portrait T. Washington"

Henry Ossawa Tanner « Portrait T. Washington »

 

Dans le parcours vers cette quête d’égalité, on croise les chemins de Marcus Garvey, la NCAAP, W.E.B Du Bois, Booker T. Washington, Frederick Douglass ainsi que les émouvantes couvertures du magazine The Crisis dans les premières salles aux vertus pédagogiques. Autant de productions intellectuelles qui posèrent les bases de la lutte.

On découvre ensuite la production plastique de nombreux artistes, en faisant connaissance d’abord avec Henry Ossawa Tanner (1859-1937)  le premier peintre africain-américain à imposer son art en Europe. Quelques pas plus tard, je pénètre dans un de mes espaces préférés de l’exposition, celui consacré à Harlem Renaissance, la période prolifique de l’entre-deux guerres ou le quartier de New York était considéré comme « le paradis des nègres ». Ici, je suis immédiatement happé par l’éclat  qui se dégage d’une toile d’Aaron Douglas. Toute en teinte pastel, la peinture dépeint avec douceur un esclave enchaîné toutefois guidé par une lumière l’attirant vers le chemin de la liberté.

Aaron Douglas "Into Bondage"

Aaron Douglas « Into Bondage »

 

Des œuvres d’Aaron Douglas, Archibald Motley Jr ou encore Jacob Lawrence ont aussi vivement secoué ma rétine et mes méninges.

Vient ensuite la salle qui fait mal, celle des « strange fruits », du nom de la célèbre chanson fredonnant la tristesse de voir des corps suspendus aux arbres. Lynchages, pendaisons et croix brûlées sont au menu de cette poignante séquence du parcours.

On poursuit sur des phénomènes sociétaux avec la période de grande migration Sud Nord illustrée par Jacob Lawrence, et des photographies de Harlem, version années 1960 et 1970, devenue enfer après avoir été paradis trois décennies plus tôt.

Reginalds A. Gammon Jr "Martin Luther King Jr"

Reginalds A. Gammon Jr « Martin Luther King Jr »

 

Pour terminer, on retrouve la fierté, le poing dressé des Black Panthers, la période du « black is beautiful » et toute une production artistique des années 1970 à nos jours qui démontre la vitalité d’une scène engagée.

Chassé par les gardes du musée (les 21h de la fermeture approchent), je serai bien resté un peu plus dans ce moment si enrichissant, cette parenthèse de compréhension et de tolérance. L’amie avec qui je visite l’exposition me lâche très justement « tu te rends compte, aujourd’hui encore des noirs sont tués pour un oui ou pour un non aux Etats-Unis ».  Un constat implacable à l’heure ou l’espoir Obama s’apprête à confier les clés de la maison blanche à Donald Trump. Alors dans ce contexte mondial de défiance et de repli, toute initiative visant à apaiser ce monde est la bienvenue, une bouffée d’oxygène.

Hank Willis Thomas "Amandla"

Hank Willis Thomas « Amandla »

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